Ethereum et Solana : le duo qui veut redémarrer la DeFi en 2026

Ethereum et Solana se partagent désormais l'écosystème DeFi : 9,05 Md$ TVL pour les L2s Ethereum, 9,2 Md$ pour Solana. Décryptage du « DeFi reboot ».

BlockInfos

09/05/2026

12 Minutes

Architecture de la pile DeFi (DeFi stack) illustrant les couches de la finance décentralisée

Table des matières

L’essentiel : début 2026, la DeFi sort de trois années de fragmentation. Au 15 janvier, la TVL des L2s Ethereum atteint 9,05 Md$ et celle de Solana 9,2 Md$, pour la première fois au coude-à-coude. Ethereum domine encore largement les actifs sécurisés (40,5 Md$) et le marché stablecoin (163 Md$ vs 15,25 Md$ pour Solana), mais Solana traite désormais 650 Md$ par mois de transactions stablecoin. Le marché DeFi global pèse 238,5 Md$ et un papier CoinDesk du 3 janvier titre que 2026 sera l’année du « DeFi reboot » porté par l’interopérabilité, le restaking et le retour des builders sur Solana. Pour un utilisateur retail, c’est l’année où la DeFi redevient un produit utilisable.

Le contexte : pourquoi parle-t-on de « reboot » ?

La DeFi a connu trois cycles distincts. 2020-2021 : explosion des AMM (Uniswap), du yield farming et des premiers protocoles de lending (Aave, Compound). TVL globale qui grimpe de quelques milliards à plus de 250 Md$. 2022-2023 : effondrement post-Terra/Luna, FTX, Celsius. La DeFi survit mais se replie sur les blue-chips. 2024-2025 : reconstruction silencieuse, arrivée des ETF spot, normalisation institutionnelle.

L’article CoinDesk du 3 janvier 2026 emploie le terme « reboot » pour décrire 2026. L’idée : après trois ans de fragmentation entre L2s Ethereum, Solana, Cosmos, Cardano, Avalanche et autres chaînes alternatives, l’écosystème entre dans une phase de re-consolidation. Les builders convergent sur deux axes principaux (Ethereum L2s + Solana), l’interopérabilité progresse (LayerZero, Axelar, Wormhole), et l’utilisateur final commence à pouvoir interagir avec plusieurs chaînes sans avoir à comprendre les détails techniques.

Comme le résume Lucas Bruder, CEO de Jito Labs cité par CoinDesk : « 2026 sera l’année où tous ces écosystèmes silotés se reconnectent pour créer une expérience rapide, peu coûteuse et vraiment interopérable, autant pour les utilisateurs que pour les institutionnels. »

La photo des TVL au 15 janvier 2026

Les chiffres publiés par les agrégateurs au milieu de janvier 2026 marquent un tournant symbolique :

  • L2s Ethereum (Arbitrum, Optimism, Base, ZKsync, Linea…) : 9,05 Md$ de TVL DeFi.
  • Solana : 9,2 Md$ de TVL DeFi.
  • Ethereum mainnet : 40,5 Md$ d’actifs sécurisés au sens large (DeFi + stablecoins + tokens institutionnels comme BUIDL).

C’est la première fois que Solana dépasse, même de peu, l’ensemble des L2s Ethereum sur le segment DeFi pur. Selon l’analyse comparative Phemex, la convergence est moins une victoire de Solana qu’un mouvement parallèle de croissance qui a effacé l’écart relatif.

Les principaux protocoles Solana qui portent la TVL :

  • Kamino Finance : 2,8 Md$ (lending et liquidity strategies).
  • Jupiter Lend : 1,65 Md$ (lending sur l’agrégateur DEX leader).
  • Jito : 1,2 Md$ (liquid staking SOL).

Côté Ethereum L2s, la TVL reste répartie entre Arbitrum (~3 Md$), Base (~2,2 Md$), Optimism (~1,5 Md$) et une longue traîne de chaînes plus modestes. Pour un rappel sur Optimism, voyez notre guide complet sur le token OP.

Les fondamentaux divergent : stablecoins, lending, restaking

Les deux écosystèmes ne convergent pas sur tous les segments. Trois différences structurantes méritent l’attention.

Stablecoins : Ethereum domine, Solana monte

Le marché stablecoin reste massivement Ethereum-centric : 163 Md$ de stablecoins émis sur Ethereum (USDT, USDC, DAI, etc.) contre 15,25 Md$ sur Solana. Mais la dynamique est inversée si on regarde les flux : Solana traite environ 650 Md$ de transactions stablecoin par mois, ce qui en fait une infrastructure de paiement/règlement de plus en plus utilisée.

L’explication tient à la rapidité et au coût des transactions. Un transfert USDC sur Solana coûte quelques centimes et est confirmé en 1-2 secondes. Sur Ethereum mainnet, on parle de quelques dollars et 12-30 secondes selon la congestion. Pour les use cases retail (paiements, transferts inter-exchanges, settlements), Solana est devenu le choix par défaut.

Pour les bases sur les stablecoins, voyez notre guide Les stablecoins ou cryptomonnaies stables.

Lending : croissance forte des deux côtés

Le marché crypto-collateralized lending a atteint 73,6 Md$ fin 2025. Les protocoles DeFi (Aave, Compound, Morpho côté Ethereum ; Kamino, MarginFi côté Solana) en captent environ deux tiers. Sur Solana, le segment lending a doublé sur Q4 2025, atteignant 3,6 Md$ en décembre.

Les utilisateurs y trouvent deux services principaux : déposer pour gagner un rendement sur stablecoins (3-8 % APY typique en 2026), et emprunter contre du collatéral crypto pour leverage ou liquidités sans vendre. Pour les bases du staking et des revenus passifs DeFi, voyez notre guide des revenus passifs crypto.

Restaking : EigenLayer reste le mastodonte

Le restaking est l’innovation Ethereum la plus structurante de 2024-2026. Le principe : prendre vos ETH déjà stakés sur la beacon chain et les « restaker » pour sécuriser des services secondaires (oracles, data availability layers, sequencers L2…).

EigenLayer pèse 18,5 Md$ de TVL en restaking, soit environ 68 % du marché total restaking estimé à 26 Md$. Solana n’a pas d’équivalent direct du restaking ETH, mais propose des liquid staking tokens (Jito, Marinade) qui jouent un rôle proche au niveau du collatéral DeFi.

Pour comprendre le mécanisme du liquid staking en détail, voyez notre guide dédié et notre introduction au staking.

Le rôle pivot de l’interopérabilité

Le terme qui revient le plus dans les analyses de janvier 2026 n’est pas « TVL » ni « yield » : c’est interopérabilité. Le défi de la DeFi 2024-2025 n’était pas un manque de liquidité (240 Md$ globaux suffisent largement) mais sa fragmentation : un utilisateur qui veut profiter d’un yield Kamino sur Solana avec des USDC initialement sur Ethereum mainnet doit passer par un bridge. Si le bridge échoue ou est exploité, il peut perdre ses fonds.

2026 est l’année où plusieurs solutions atteignent une maturité utilisable :

  • LayerZero V2 offre des messaging cross-chain unifiés à 40+ blockchains.
  • Axelar propose des transferts généralisés avec gas natif sur la chaîne de destination.
  • Chainlink CCIP se positionne comme l’option « entreprise » privilégiée par les institutionnels.

Cette interopérabilité reste le maillon faible côté sécurité : l’exploit Kelp DAO du 19 avril 2026 (292 M$) sera un rappel brutal. L’expérience utilisateur progresse considérablement. Plusieurs portefeuilles (MetaMask, Rabby, Phantom) intègrent désormais les bridges directement dans l’interface, sans manipulation manuelle.

Pour comprendre les enjeux MEV et arbitrages cross-chain, voyez notre article sur la maximal extractable value.

Solana : block space +25 %, retour des builders

Côté Solana, deux dynamiques alimentent la croissance 2026.

L’amélioration technique. Le block space disponible a augmenté d’environ 25 % en 2025 grâce aux mises à jour validateur (Firedancer client, optimisations gossip). Concrètement, plus de transactions par seconde, moins de congestion lors des pics, et des frais qui restent bas même en activité haute. Le réseau a passé sans casse les pics memecoin de janvier 2025 (qualifiés de « really crazy month » par Lucas Bruder), ce qui a renforcé sa crédibilité auprès des builders.

Le retour des développeurs. Une partie des équipes qui ont quitté Solana en 2022 après l’effondrement de FTX (Solana Foundation était proche d’Alameda Research) sont revenues en 2024-2025. Janvier 2026 voit l’arrivée de plusieurs équipes ETH/L2s qui déploient simultanément sur Solana pour profiter de la base utilisateur (typiquement plus retail) et des frais bas.

L’argument qui revient : on peut désormais construire un produit DeFi multi-chain plutôt que mono-chain. Un protocole de lending peut tourner sur Ethereum L2 pour les gros tickets institutionnels et sur Solana pour le retail haute fréquence, avec une back-end commune.

Ethereum L2s : consolidation après la fragmentation

Côté Ethereum, le grand chantier 2026 est la consolidation. L’an dernier, on parlait de plus de 30 L2s actives, beaucoup avec des TVL marginales. En janvier 2026, le marché s’est concentré : Arbitrum, Base, Optimism, ZKsync et Linea captent ensemble 80 % de la TVL L2s. Les autres survivent sur des niches (Mantle pour la finance institutionnelle, Scroll pour les zk-rollups, Blast pour les yield-bearing).

La consolidation est portée par trois forces : les coûts d’opération qui pénalisent les petites L2s, la pression utilisateur qui privilégie les chaînes liquides, et l’arrivée du Pectra upgrade Ethereum qui réduit les coûts de blob data pour tous les rollups (et donc favorise ceux qui ont déjà une base utilisateur).

Pour un rappel sur les fondamentaux blockchain, voyez nos articles Blockchain : un web décentralisé dans un monde centralisé et Pool de liquidité DeFi.

Pour un utilisateur retail : que retenir ?

L’utilisateur français qui découvre la DeFi en 2026 a cinq questions pratiques.

Sur quelle chaîne commencer ? Solana pour découvrir avec des frais bas (1 € sur le portefeuille suffit pour expérimenter). Ethereum L2s pour des montants plus élevés où la sécurité éprouvée prime.

Quels protocoles sont les plus sûrs ? Les blue chips audités depuis plusieurs années : Aave et Uniswap côté Ethereum, Kamino et Jupiter côté Solana. Le hack Truebit du 8 janvier 2026 (cf. notre article dédié) rappelle que les vieux protocoles peu maintenus sont des cibles.

Comment commencer concrètement ? Un wallet non-custodial (MetaMask pour ETH/L2s, Phantom pour Solana), un peu de stablecoins déposés depuis un exchange régulé MiCA, et un premier dépôt sur un protocole de lending blue chip pour découvrir le rendement DeFi.

Quels rendements attendre ? 3-8 % APY sur stablecoins en blue chips, 4-12 % sur SOL/ETH liquid staking, plus haut (15-30 % +) sur des stratégies plus risquées (memecoins, leverage, points farming). Au-delà de 20 %, le risque devient significatif.

Quelle fiscalité ? Pour un résident français, la fiscalité crypto reste le PFU à 31,4 % sur les plus-values en cession, et l’obligation de déclarer les comptes étrangers via 3916-BIS. À partir de 2027, DAC8 oblige les exchanges à transmettre vos données automatiquement au fisc — voyez notre article complet sur la fiscalité crypto et DAC8/CARF en 2026.

Solana a-t-elle vraiment dépassé Ethereum en DeFi ?

Non, pas globalement. Au 15 janvier 2026, Solana dépasse de peu l’ensemble des L2s Ethereum (9,2 vs 9,05 Md$ TVL DeFi), mais Ethereum mainnet seul détient encore plus de 40 Md$ d’actifs sécurisés (DeFi + stablecoins + tokens institutionnels). Le marché stablecoin reste 10x plus gros sur Ethereum (163 vs 15 Md$). La convergence se fait sur des segments spécifiques (DeFi retail, paiements, lending) plutôt que sur l’ensemble.

Qu’est-ce qu’un L2 Ethereum ?

Un Layer 2 (L2) est une blockchain construite « par dessus » Ethereum mainnet pour décharger les transactions tout en héritant de sa sécurité. Les L2s majeurs en 2026 : Arbitrum, Optimism, Base, ZKsync, Linea. Ils permettent des transactions à 0,01-0,10 $ et confirmation en 2-5 secondes, contre 1-30 $ et 12-60 secondes sur Ethereum mainnet. Pour un utilisateur retail, c’est la voie principale pour utiliser la DeFi Ethereum sans payer des frais prohibitifs.

Pourquoi le restaking pèse autant dans la DeFi 2026 ?

Le restaking permet de réutiliser des ETH déjà stakés pour sécuriser d’autres services (oracles, sequencers L2, data availability layers). EigenLayer pèse 18,5 Md$ de TVL et environ 68 % du marché restaking. Pour le holder ETH, c’est un rendement supplémentaire empilé sur le staking de base (typiquement 3-5 % vs 3-4 % en simple stake). Le risque : un slashing sur un service restaké peut déclencher une perte additionnelle.

Faut-il choisir entre Ethereum et Solana pour démarrer en DeFi ?

Pas vraiment. Une approche raisonnable : Solana pour les petits montants exploratoires (frais bas, expérience rapide), Ethereum L2s pour les positions sérieuses (sécurité éprouvée, profondeur de marché). Beaucoup d’utilisateurs en 2026 utilisent les deux écosystèmes en parallèle, en ponctuant leurs flux via les bridges (LayerZero, Wormhole, Axelar). La fragmentation diminue à mesure que l’interopérabilité progresse.

Quels sont les principaux risques de la DeFi en 2026 ?

Cinq familles de risques. Risque smart contract (exploit comme Truebit 26 M$ en janvier). Risque bridge (Kelp DAO 292 M$ en avril). Risque oracle (manipulation de prix sur des marchés peu liquides). Risque liquidation (en lending, si le collatéral chute brutalement). Risque réglementaire (gel de protocoles, DAC8). Les blue chips audités réduisent les quatre premiers risques sans les éliminer ; le cinquième dépend de la juridiction de l’utilisateur.

Le « DeFi reboot » va-t-il vraiment se concrétiser en 2026 ?

Les bases techniques sont en place (interopérabilité mature, infrastructure Solana scalée, L2s Ethereum consolidés). Le risque majeur est l’enchaînement de gros exploits début 2026 (Truebit, Solv, Step Finance, puis Drift et Kelp en avril) qui peut éroder la confiance des utilisateurs nouveaux et institutionnels. Si la sécurité tient les deuxième et troisième trimestres, le « reboot » est crédible. Sinon, on rejoue le cycle 2022.

Une convergence à surveiller

Le « DeFi reboot » de 2026 est moins une révolution qu’une maturation. L’infrastructure tient mieux qu’en 2021, les protocoles blue-chips ont survécu deux cycles complets, l’interopérabilité avance et les utilisateurs ont des outils plus simples qu’auparavant. Le marché global pèse 238 Md$ et les projections 2031 tablent sur 770 Md$, soit un CAGR de 26,4 %.

Pour un investisseur retail français, l’essentiel n’est pas de jouer la chaîne gagnante (Ethereum L2 ou Solana) mais de comprendre l’écosystème dans lequel on dépose ses fonds. Audit, équipe, paramètres de risque, calendrier d’unlock : autant de critères qui distinguent un protocole solide d’un projet zombi prêt à être exploité.

Pour aller plus loin, voyez nos articles sur le staking, le liquid staking, les pools de liquidité et les revenus passifs crypto.