Black Sunday II : 2,2 Md$ de liquidations crypto le 1er février 2026

Le 1er février 2026, 2,2 Md$ de positions crypto liquidées en 24h. ETH 961 M$, BTC 679 M$, 335 000 traders wiped out. Anatomie d'une cascade.

BlockInfos

09/05/2026

11 Minutes

Graphique du Black Monday 1987 illustrant une cascade de liquidations boursières

Table des matières

L’essentiel : le 1er février 2026, surnommé « Black Sunday II », marque l’un des plus gros événements de liquidations crypto de l’histoire. 2,2 milliards de dollars de positions futures et perpetuals sont fermées de force en 24 heures. Ethereum domine avec 961 M$ liquidés, Bitcoin suit avec 679 M$. Plus de 335 000 traders sont effacés. 80 à 85 % des positions liquidées étaient des longs, soit des paris sur la hausse pris pendant le rallye 2024-2025. Un seul trader sur Hyperliquid perd 222 M$ sur un trade ETH unique. La cascade prolonge le mouvement les jours suivants : 1 Md$ supplémentaire le 5 février, et l’open interest BTC futures passe de 61 à 35 Md$ en quatre mois. Ce deleveraging massif est à la fois cause et conséquence du crash de prix de février.

Que s’est-il passé du 1er au 6 février 2026

La séquence des liquidations s’étale sur six jours, avec deux pics majeurs.

1er février (« Black Sunday II ») : 2,2 Md$ de liquidations 24h. Selon Tapbit, c’est l’un des plus grands single-day events de l’histoire des marchés futures crypto. ETH largement en tête à 961 M$, BTC à 679 M$. Les autres altcoins (SOL, AVAX, DOGE) absorbent les ~600 M$ restants.

2 février : la cascade continue, le cumul atteint 2,56 Md$ sur les 48 heures, classant l’événement parmi les 10 plus gros single-day de l’histoire crypto.

5 février : nouveau pic, ~1 Md$ de liquidations BTC sur la seule journée du crash à -6σ (cf. notre autopsie du crash).

6 février : la pression vendeuse continue, ETH liquidations totalisent ~240 M$ sur la journée, chiffre relativement bas qui montre que les traders avaient déjà été massivement nettoyés lors des journées précédentes. C’est le signe que la cascade arrive à sa phase d’épuisement.

Sur l’ensemble de la première semaine de février, les liquidations cumulées dépassent 5 Md$. C’est plus que ce qu’on a vu sur les deux mois du crash post-FTX en novembre 2022.

Le trade ETH 222 M$ liquidé sur Hyperliquid

L’événement individuel le plus marquant est la liquidation d’un seul trader sur Hyperliquid le 1er février. Selon CoinDesk, un compte unique perd 222,65 M$ quand ETH chute de 10 %. C’est probablement la plus grosse liquidation single-trade jamais enregistrée sur un DEX décentralisé.

Le trader avait construit une position long ETH avec un effet de levier élevé (estimé à 8-10x selon les analystes on-chain), pari sur la continuité du rally. Quand ETH casse 3 200 $ et accélère vers 2 800 $, le prix de liquidation est déclenché. Hyperliquid, par design, exécute la liquidation au marché en utilisant la liquidité disponible : ce qui aggrave temporairement la chute de prix sur les perpetuals ETH.

L’identité du trader n’a pas été révélée publiquement, mais l’analyse on-chain suggère qu’il s’agit d’un compte institutionnel ou d’un fund crypto-native. C’est un cas d’école : un seul wallet, un seul trade, des centaines de millions volatilisés en quelques heures.

La mécanique de cascade : margin call, forced sale, next margin call

Pour comprendre pourquoi 2,2 Md$ partent en 24h plutôt que de se distribuer sur plusieurs semaines, il faut comprendre la mécanique des liquidations en futures et perpetuals.

Quand vous tenez une position long avec effet de levier, votre prix de liquidation est calculé selon votre marge. Plus le levier est élevé, plus le prix de liquidation est proche du prix d’entrée. Sur un long ETH à 5x avec entrée à 3 500 $, le prix de liquidation est environ 2 800 $ (-20 %).

Quand le marché baisse et atteint ce niveau, l’exchange liquide automatiquement votre position au marché. La vente forcée est exécutée, vos pertes sont cristallisées, et le prix s’enfonce un peu plus à cause de la pression vendeuse de votre liquidation. Cette baisse supplémentaire déclenche les liquidations du trader suivant, dont le prix de liquidation était un peu plus bas. Et ainsi de suite.

C’est ce qu’on appelle une cascade de liquidations. Sur un marché thinly traded (peu de liquidité), une cascade peut faire baisser le prix de 5-10 % en quelques minutes, indépendamment de tout signal fondamental ou technique. C’est l’amplification mécanique du levier qui transforme une correction normale en mouvement -6σ.

Pour comprendre les bases du levier et des perpetuals, voyez nos guides Spot trading et contrats à terme et Bases du trading long/short.

Causes du Black Sunday II : un cocktail de cinq facteurs

Cinq éléments se conjuguent pour expliquer l’ampleur du 1er février 2026.

Macro overhang. La Fed a pivoté en pause prolongée fin janvier 2026 (taux maintenus, pas de baisse imminente). Couplé à des fears tarifaires sur le commerce sino-américain, le sentiment risk-off s’installe sur les actifs spéculatifs.

ETF outflows persistants. Sur janvier 2026, plus de 3 Md$ sortent des ETF Bitcoin spot (cf. notre article IBIT outflows -2,8 Md$). Le bid institutionnel est largement absent.

Cassure technique 84-85 000 $. BTC casse un support technique majeur fin janvier, déclenchant les premières vagues de stops automatiques sur les positions levée.

Levier accumulé. L’open interest crypto futures était à des niveaux records après le rallye d’octobre 2025. Plus de 60 Md$ d’open interest sur BTC seul, énorme sur ETH également. Quand la baisse commence, ce levier doit se déboucler.

Liquidité fine du week-end. Le 1er février 2026 est un samedi. Les market makers institutionnels sont moins actifs en weekend, et la liquidité spot est plus mince sur les exchanges asiatiques. Une vague de ventes forcées qui frapperait un mardi soir UTC pourrait être absorbée ; un samedi matin asiatique, elle déclenche une cascade plus violente.

Selon Tapbit, c’est cette combinaison de cinq facteurs qui transforme une correction normale en Black Sunday II.

Pourquoi 80-85 % de longs liquidés ?

La répartition liquidations long/short est révélatrice. 80 à 85 % des 2,2 Md$ étaient des positions long : autrement dit des paris sur la hausse. Cette proportion confirme que le marché futures était massivement positionné côté optimiste avant le crash.

C’est cohérent avec le funding rate observé en janvier 2026. Sur la plupart des exchanges, le funding était positif jusqu’à fin janvier, signe que les longs payaient les shorts pour maintenir leurs positions. Le funding positif persistant indique un biais haussier généralisé des traders à effet de levier, exactement la situation qui précède une cascade vers le bas.

Quand le crash démarre, les longs sont liquidés en bloc. Les shorts (ceux qui pariaient sur la baisse) profitent de la cascade. C’est le mécanisme classique de transfert de richesse en marché futures crypto : les positions à contre-courant sont décimées, les positions opportunistes empochent.

Pour comprendre le funding rate en détail, voyez notre guide dédié.

Comment se prémunir contre une cascade : protocole pratique

Quatre règles utiles pour un trader retail qui veut survivre aux crashes futurs.

Limiter le levier sur les positions long terme. Sur des positions tenues plusieurs semaines, dépasser 3-5x est imprudent. Au-delà, la moindre correction technique de 10-15 % suffit à liquider, même si la thèse fondamentale reste valable. Un long ETH à 10x est une condamnation à mort statistique au prochain crash.

Ne pas trader contre le funding extreme. Quand le funding rate dépasse 0,1 % toutes les 8 heures (=1 % par jour, =365 % annualisé), c’est un signal de surchauffe. Garder une position long avec un funding aussi élevé revient à payer pour rester investi pendant que le marché se prépare à corriger. Mieux vaut alléger ou attendre.

Surveiller les heatmaps de liquidations. Des outils comme CoinGlass et CoinMarketCap Liquidations Dashboard montrent les niveaux de prix où s’accumulent les liquidations potentielles. Les zones à forte densité agissent comme des aimants : le prix tend à y retourner pour cleaner le levier accumulé.

Garder des stops larges et placés intelligemment. Sur les positions levée, un stop placé juste sous un support évident sera mécaniquement déclenché par les market makers. Mieux vaut un stop large mais hors de la zone d’attraction des liquidations cluster, accepter une perte plus grande mais ne pas être stop-hunted en zone bruyante.

Pour les bases sur les stops, voyez Stop-loss : définition, stratégies et bonnes pratiques et Les niveaux psychologiques en trading.

Outils pour surveiller les liquidations en temps réel

Trois ressources gratuites de référence pour intégrer les liquidations dans votre analyse quotidienne.

CoinGlass. La référence universelle. Dashboard liquidations en temps réel, par exchange, par actif (BTC/ETH/SOL/etc), avec heatmaps de prix et historique. Le panel « Liquidation Heatmap » est particulièrement utile pour anticiper les zones de pression.

CoinMarketCap Liquidations. Plus accessible visuellement, agrège les données de plusieurs exchanges. Idéal pour un retail qui veut un check rapide quotidien sans expertise futures profonde.

Hyperliquid Stats. Pour suivre spécifiquement les positions sur le DEX perpetuel leader. Inclut les top traders publics et leurs positions ouvertes : utile pour identifier les concentrations de risque.

L’utilisation typique : check rapide quotidien (5 min) du dashboard liquidations + funding rate + open interest. Sur 4-5 ans de pratique, ces trois indicateurs anticipent ~70 % des mouvements -10 % et plus sur BTC.

Pourquoi 2,2 Md$ de liquidations en une seule journée ?

L’effet cascade. Quand un seuil technique majeur casse (ici 84-85 000 $ pour BTC), les premières liquidations long déclenchent une vente forcée qui fait baisser le prix, ce qui déclenche les liquidations suivantes, etc. La cascade s’amplifie d’autant plus que le levier accumulé était élevé (60+ Md$ d’open interest BTC) et que la liquidité du week-end était fine. C’est un mécanisme purement mécanique du marché futures, indépendant des fondamentaux.

Que devient l’argent des liquidations ?

Trois destinations principales. La majorité va aux traders shorts (qui ont parié sur la baisse) qui empochent leurs gains. Une partie va à l’insurance fund de l’exchange, qui couvre les pertes éventuelles si le prix de liquidation n’a pas pu être atteint. Une fraction couvre les frais de liquidation. C’est un transfert net de richesse des longs liquidés vers les shorts opportunistes et les exchanges.

Le trader Hyperliquid à 222 M$ peut-il récupérer son argent ?

Non. La liquidation est définitive : la position long a été fermée au marché, les fonds collatéraux ont servi à couvrir les pertes. À moins qu’il ne s’agisse d’un compte de fund avec assurance externe, le trader a définitivement perdu ses 222 M$. C’est un rappel brutal des risques du levier élevé sur des positions concentrées sur un seul actif.

Y a-t-il eu manipulation pour déclencher la cascade ?

Pas d’évidence d’une manipulation coordonnée. Les enquêtes post-mortem (publications Tapbit, Coinglass) pointent plutôt une combinaison naturelle de facteurs : macro overhang, ETF outflows, cassure technique, levier élevé, weekend thin liquidity. Mais le fait que les market makers anticipent les zones de liquidation et y dirigent le prix est un comportement rationnel, pas une manipulation au sens légal.

Cela peut-il se reproduire en 2026 ?

Oui, et c’est arrivé. Le 5 février a vu un autre 1 Md$ de liquidations BTC. Plus tard dans l’année, l’exploit Drift Protocol du 1er avril (285 M$) et le hack Kelp DAO du 19 avril (292 M$) ont déclenché des secousses similaires sur le marché DeFi. Tant qu’un marché crypto futures actif coexistera avec une volatilité haute, ces événements se reproduiront périodiquement.

Comment un investisseur retail français peut-il limiter le risque ?

Trois règles. Un, éviter complètement les futures et perpetuals si vous ne maîtrisez pas la mécanique du levier. L’achat spot direct via un exchange régulé MiCA n’a aucun risque de liquidation. Deux, si vous tradez des dérivés, garder un levier maximum 3x sur les positions tenues plusieurs jours. Trois, surveiller le funding rate avant d’ouvrir : un funding extrême signale un risque de cascade. Pour les bases du trading sécurisé, voyez nos guides dédiés.

Que retenir de ce deleveraging massif

Le Black Sunday II du 1er février 2026 et la cascade des jours suivants illustrent une réalité structurelle : le marché crypto futures amplifie mécaniquement les corrections. Sans levier, BTC aurait probablement perdu 10-15 % sur la séquence. Avec 60+ Md$ d’open interest, il en perd 25-30 % en quelques jours.

Pour un investisseur retail français, deux conclusions pratiques. Un, les liquidations sont devenues un indicateur central d’analyse de marché crypto, au même titre que les flux ETF ou la dominance BTC. Surveiller les volumes quotidiens via CoinGlass est désormais une discipline de base. Deux, le levier reste un piège majeur, particulièrement pour les retails. Les 335 000 traders wiped out le 1er février incluent une majorité de comptes < 50 000 $ : pas des hedge funds, mais des particuliers qui pensaient maîtriser le levier 5-10x.

Pour aller plus loin, voyez aussi notre autopsie du crash de février et le comparatif historique des bear markets.