L’essentiel : au 20 février 2026, Bitcoin enregistre -24 % year-to-date (autour de 67 000 $) et Ethereum -34 % (autour de 2 000 $). Selon Fortune, c’est le pire départ d’année sur les deux actifs depuis le début des données CoinGecko (mi-2013 pour Bitcoin, mi-2014 pour Ethereum). En contre-point, le S&P 500 est en hausse de +0,4 % et le Dow Jones de +2,3 % sur la même période. L’or progresse de +17 %, l’argent de +14 %. La crypto se découple à la baisse, ce qui invalide partiellement le récit « Bitcoin = digital gold ». Pour autant, le drawdown maximum (-52 % depuis l’ATH d’octobre 2025) reste moins violent que les bear markets historiques (-83 % en 2018, -78 % en 2022), ce qui plaide pour une correction profonde plutôt qu’un cycle baissier complet.
Les chiffres au 20 février 2026
Le récap chiffré du début d’année 2026 sur les deux actifs phares :
- Bitcoin : 93 500 $ au 1er janvier → 67 000 $ au 20 février, soit -28 % YTD, ramené à -24 % au moment de la publication Fortune.
- Ethereum : ~3 000 $ au 1er janvier → ~2 000 $ au 20 février, soit -34 % YTD.
Pour mettre ces chiffres en perspective, le précédent record négatif de début d’année pour BTC remontait à 2018 (-15 % au 20 février 2018) et pour ETH à 2018 également (-25 % au 20 février 2018). Les chutes de 2022 avaient été plus tardives dans l’année (mai-novembre).
C’est donc la première fois en 12 ans que les deux actifs combinés ouvrent une année avec une dégradation aussi marquée. Le mainstream financier réagit fortement : CNN, Bloomberg, Fortune, CNBC publient tous des analyses dans la fenêtre 5-20 février. Le récit « bear market en marche » devient l’angle dominant.
La comparaison historique : 2018, 2022, 2026 mis côte à côte
Pour évaluer la sévérité de ce drawdown, le comparatif avec les cycles précédents est utile. Selon les données Backpack Exchange :
| Cycle | ATH | Plus bas | Drawdown |
|---|---|---|---|
| 2011 | 32 $ | 2 $ | -93 % |
| 2015 | 1 163 $ | 165 $ | -86 % |
| 2018 | 19 100 $ | 3 200 $ | -83 % |
| 2022 | 69 000 $ | 15 500 $ | -78 % |
| 2026 (en cours) | 126 000 $ | 60 000 $ | -52 % |
Deux observations importantes. D’abord, l’amplitude des bear markets crypto diminue avec la maturation du marché : -93 % en 2011, -86 % en 2015, -83 % en 2018, -78 % en 2022. La progression suit la capitalisation boursière qui s’élargit et les bases d’utilisateurs qui se diversifient. À 60 000 $, le BTC est à -52 % depuis son ATH ; pour s’aligner sur la trajectoire historique, il faudrait casser 30 000-35 000 $.
Ensuite, les bear markets crypto sont historiquement précipités par un événement catastrophique : explosion Mt. Gox en 2014, ICO bubble en 2018, FTX et Terra/Luna en 2022. Pour 2026, aucun événement catastrophique unique n’est identifiable. Pas d’exchange majeur effondré, pas de protocole imploder, pas de fraude révélée. C’est plutôt une combinaison de facteurs macro (tech selloff, géopolitique, taux haut) et de débouclage de levier post-rallye 2024-2025.
Cette absence d’événement catastrophique est un argument contre un bear market complet et pour une correction profonde mais finie. C’est l’angle que défend DeVere Group dans son analyse de fin février : « pas de raison structurelle de maintenir un bear cycle complet sur 18 mois ».
Pourquoi un YTD si mauvais ? Trois causes empilées
Le crash de février 2026 (cf. notre autopsie détaillée) explique l’essentiel du mouvement, mais d’autres facteurs alimentent l’amplitude.
Le timing du cycle. BTC a fait son ATH en octobre 2025, soit 18 mois après le halving d’avril 2024. Historiquement, les cycles BTC font leur pic 12-18 mois après le halving, suivi d’un drawdown 12-18 mois. Si on suit ce pattern, le bottom serait attendu fin 2026 / début 2027. Le pire départ d’année 2026 est cohérent avec ce calendrier théorique.
La position des miners. Comme expliqué dans notre autopsie, plusieurs miners cotés diversifiés vers le calcul AI/HPC ont dû vendre du BTC pour soutenir leurs bilans en début 2026. C’est une pression d’offre additionnelle, peu visible dans les flux retail mais réelle dans les statistiques on-chain.
Le levier accumulé sur 2025. L’open interest BTC futures atteignait 61 Md$ au pic d’octobre 2025. Ce niveau de levier maximum est historiquement un signe d’épuisement de cycle. Quand il se débouclage, le drawdown s’accélère. Sur les 4 mois novembre 2025-février 2026, l’open interest est passé à environ 35 Md$, soit -26 Md$ en moins de 4 mois.
ETH sous-performe BTC : pourquoi -34 % vs -24 % ?
Une nuance qui frappe les investisseurs : Ethereum tombe plus vite et plus fort que Bitcoin. À -34 % YTD vs -24 % pour BTC, l’écart de 10 points est significatif. Trois explications.
Le narratif AI déçoit ETH. Une partie de la valorisation ETH 2024-2025 reposait sur le récit « Ethereum hosting AI agents » (Worldcoin, AI tokens, agents on-chain). Quand le secteur AI se dégrade en début 2026 (NVIDIA en correction, Microsoft décevant), ce narratif s’affaiblit. Les holders ETH spécifiquement sensibles à ce thème vendent.
La concurrence Solana s’intensifie. Solana a égalé la TVL DeFi des L2s Ethereum début janvier 2026 (cf. notre article DeFi reboot). Une partie des allocations ETH passe progressivement vers SOL pour les utilisateurs qui jouent l’écosystème DeFi sans préférence forte pour Ethereum. SOL a aussi chuté en février, mais avec une narrative différente.
Les ETH ETF spot, lancés mi-2024, ont moins de profondeur institutionnelle. Quand les institutionnels rebalancent, ETH sort en premier parce qu’il est moins ancré dans les portefeuilles wealth management. Les analystes pointaient cette fragilité dès 2024 ; février 2026 la confirme empiriquement.
Pour les bases sur la différence ETH vs BTC, voyez nos articles Comprendre les clés privées et publiques et Liquid staking : tout comprendre.
La divergence cryptos / actions / or : le vrai signal
Le point qui mérite la plus grande attention : le découplage entre crypto et actions traditionnelles en début 2026. Sur la fenêtre 1er janvier – 20 février :
- BTC : -24 %
- ETH : -34 %
- S&P 500 : +0,4 %
- Dow Jones : +2,3 %
- Or : +17 %
- Argent : +14 %
Le narratif « bitcoin = digital gold » prenait un sens dans des régimes où l’or et le BTC montaient ensemble (mars 2020, 2024). En février 2026, l’or capte la prime de risque géopolitique et la peur macro, pendant que le BTC souffre de la mécanique levier + ETF outflows + tech selloff. Pour la première fois depuis longtemps, les deux actifs divergent franchement.
C’est un signal important pour positionner la crypto dans une allocation patrimoniale. Bitcoin reste un actif risk-on plus qu’un haven, du moins en 2026. La diversification or + crypto reste pertinente, mais pas comme complémentaires sur les régimes de stress.
Pour creuser le sujet de la valeur refuge, voyez notre article Le bitcoin BTC est-il une valeur refuge ?.
Indicateurs on-chain à surveiller pour le rebond
Pour évaluer si on est proche d’un bottom, plusieurs indicateurs on-chain sont utiles. À fin février 2026, voici la photo :
MVRV (Market Value to Realized Value) : ~1,1. Le ratio mesure l’écart entre prix de marché et prix d’achat moyen on-chain. À 1,1, il est légèrement au-dessus du « fair value » historique (1,0). Pour comparaison, le bottom 2018 a été touché à MVRV 0,7 ; le bottom 2022 à 0,8. Si on suit ces benchmarks, le BTC pourrait baisser encore 20-30 % avant de toucher un MVRV d’achat structurel.
Dominance BTC : 56 % au 20 février 2026, en hausse depuis le pic ETH d’octobre 2025 (52 %). C’est cohérent avec la rotation altcoins → BTC en début de bear market. Le pattern type indique que la dominance BTC continue à monter pendant la phase baissière, jusqu’à 60-65 % typiquement.
Funding rate : passe en négatif sur la plupart des exchanges entre le 5 et 15 février, signe que les shorts paient les longs. C’est un indicateur de sentiment vendeur dominant. Un funding rate négatif persistant pendant plusieurs semaines est souvent un signal contrariant d’achat.
Pour les bases sur ces indicateurs, voyez Funding rate : comprendre le taux de financement et Comprendre l’approvisionnement Bitcoin.
Que faire avec son portefeuille
Trois scénarios possibles pour la suite, et trois stratégies correspondantes.
Scénario optimiste : le bottom est proche (50-55 000 $ pour BTC), rebond progressif à partir de mars-avril 2026. Stratégie : DCA progressif sur les baisses, sans engager toute son allocation cible d’un coup.
Scénario neutre : consolidation prolongée 50-70 000 $ pendant 6-12 mois, comme un mini bear de 2018-2019 sur 18 mois. Stratégie : maintenir l’allocation existante, ne pas overtrade, laisser le temps faire.
Scénario pessimiste : cassure de 50 000 $ et retour vers 30-35 000 $ d’ici fin 2026. Stratégie : couvrir partiellement avec des shorts modestes, ou réallouer une partie vers de l’or et des actifs défensifs.
Le scénario neutre était le plus probable au 20 février selon les analystes cités par Fortune. Le rebond d’avril 2026 (BTC reclaim 78 000 $) a finalement validé une version intermédiaire entre optimiste et neutre.
Pour calibrer votre allocation crypto à votre profil, voyez notre article sur la recommandation BoA 1-4 % et le rappel sur les niveaux psychologiques en trading.
Le pire YTD depuis 2014 signifie-t-il que BTC va à zéro ?
Non. Le pire YTD est une mesure de timing (sur les 50 premiers jours), pas d’amplitude finale. Les bear markets historiques sont arrivés au pire généralement après 12-18 mois de baisse. À -52 % depuis l’ATH au 20 février, le BTC est statistiquement loin d’un scénario « zéro », surtout sans déclencheur catastrophique unique. Le pire scénario crédible est plutôt une zone 30-35 000 $ pour atteindre les benchmarks de drawdown historique (-78 à -83 %).
Pourquoi les actions montent pendant que les cryptos chutent ?
Plusieurs raisons. Un, les fondamentaux corporates restent solides (résultats Q4 2025 positifs sur le S&P 500). Deux, la crypto a vécu un cycle de hausse exceptionnel 2024-2025 (BTC +400 %) qui mérite une correction même sans dégradation macro globale. Trois, la rotation sectorielle 2026 favorise les valeurs défensives et l’or, au détriment des actifs risk-on les plus volatils (crypto, small caps, growth tech). C’est un découplage temporaire qui se résorbera quand le cycle crypto repartira.
ETH peut-il continuer à sous-performer BTC ?
Oui sur le court terme, et pas nécessairement sur le long terme. La sous-performance ETH 2026 reflète trois facteurs cycliques : narrative AI qui déçoit, concurrence Solana, profondeur ETF moindre. Aucun n’est structurel. Si le narratif L2 / restaking / EIP-1559 se renforce en seconde moitié 2026, ETH peut récupérer rapidement. Historiquement, ETH a sous-performé BTC en début de bear market puis surperformé en début de bull cycle. Le pattern reste à confirmer.
Acheter pendant le crash, c’est une bonne idée ?
Cela dépend de votre horizon. Pour un horizon 5-10 ans, statistiquement les fenêtres de drawdown majeur (-50 % et plus depuis l’ATH) ont toujours été des points d’entrée de qualité a posteriori. Pour un horizon 6-12 mois, c’est plus risqué : un drawdown peut continuer plusieurs mois avant de se retourner. La règle la plus prudente : étaler ses achats (DCA) sur 3-6 mois plutôt que de tout investir en un seul timing.
Le pire départ d’année 2026 invalide-t-il l’effet halving ?
Pas nécessairement. Le halving d’avril 2024 a précédé un cycle de hausse classique 2024-2025 (BTC de 60 000 à 126 000 $). La correction de fin 2025-2026 est cohérente avec le pattern post-halving 18 mois. Si on suit le cycle 4 ans, le prochain bottom devrait arriver fin 2026 / début 2027, suivi d’un nouveau cycle de hausse vers le halving 2028. C’est un timing théorique, jamais garanti, mais il reste opérant historiquement.
Comment surveiller les indicateurs MVRV, dominance, funding rate ?
Trois sources gratuites de référence. Glassnode (glassnode.com) pour les indicateurs on-chain avancés (MVRV, NUPL, SOPR). CoinGlass (coinglass.com) pour les funding rates par exchange. CoinMarketCap et CoinGecko pour la dominance BTC en temps réel. Pour un retail français, un check hebdomadaire de ces trois indicateurs suffit largement à compléter une analyse macro et flux ETF.
Que retenir pour 2026
Le pire départ d’année BTC/ETH depuis 2014 est un signal de timing, pas un signal d’amplitude finale. Les bear markets crypto sont historiquement plus profonds (-78 à -93 %) et plus longs (12-18 mois) que ce qu’on observe au 20 février 2026 (-52 %, 4 mois). Sans déclencheur catastrophique unique, le scénario le plus probable est une correction profonde mais finie, pas un cycle baissier 2018/2022 répliqué.
Pour un investisseur retail français, trois leçons utiles. Un, le découplage crypto / actions / or est un nouveau paramètre à intégrer : la crypto reste un actif risk-on volatil, pas un haven. Deux, l’allocation cible (1-4 % du portefeuille selon votre profil) doit tenir à -50 % sans craquer ; sinon elle est trop élevée. Trois, les indicateurs on-chain (MVRV, dominance, funding) deviennent plus fiables que les niveaux techniques en période de drawdown profond.
Pour aller plus loin, voyez aussi notre autopsie du crash de février et les outflows ETF de la période.




